Actualités techniques

L’adaptation du matériel végétal à l’évolution climatique

C’est un sujet particulièrement d’actualité dans cette période de canicule en France comme dans bien d’autres pays.

Les cépages, à travers leurs environnements climatiques et leurs terroirs mais aussi avec les manipulations de l’homme sont en continuelle évolution. Cette adaptation constante reste toutefois assez lente et progressive.

Par exemple, le Tempranillo espagnol s’est diversifié, à travers le temps, en Tempranillo en Rioja puis le long du Duero / Doro, en Tinto Del Pais, en Ribera Del Duero, Tinto de Toro puis Tinta Roriz au Portugal. Avec une génétique très proche, leurs aspects végétatifs et les vins qu’ils donnent sont singulièrement cependant différents.

Plusieurs aspects sont à étudier à travers les porte-greffes et les cépages :

  • La résistance à la sécheresse
  • La résistance à la chaleur
  • Le cycle végétal et la période de maturation.

Nous ne développerons pas dans cet article :

  • le mode d’installation et les choix dans les travaux culturaux : densité de plantation, surface foliaire, hauteur de tronc, type de taille.
  • les techniques d’entretien des sols qui permettent d’influer sur la résistance des pieds de vignes et la favorisation de l’enracinement en profondeur face aux effets climatiques brutaux (travail mécanique complet / maintien d’un mulch / paillage…).

Les portes-greffes : 

  • Il existe des porte-greffes bien connus pour leur capacité à résister à une période longue sans pluie comme le R110, le 140RU, le Rupestris du Lot… Historiquement employés dans le Sud-Est de la France, leur zone d’utilisation s’étend plus largement sur le terroir français aujourd’hui. Il faut toutefois avoir conscience que ces porte-greffes n’aiment généralement pas l’excès d’eau au printemps. Aujourd’hui, on rencontre souvent ces conditions climatiques opposées dans beaucoup de lieux ou suivant le millésime.
  • Certains porte-greffes sont abandonnés même s’ils sont très qualitatifs pour la production de raisin car ils supportent plus difficilement le manque d’eau ou l’excès de chaleur sur des sols avec une faible réserve utile en eau (RU*) comme du Riparia (RGM), ou expriment des symptômes de thyllose, de folletage (problème de circulation de sève suite à un évènement climatique) comme le 161-49.

  • Certains porte-greffes sont reconnus pour avoir un cycle végétal plus long, c’est le cas des 420A et 41b. Cela signifie qu’entre le débourrement (l’éclosion des bourgeons) et l’obtention de raisins murs, il faille plus de temps. Il peut être intéressant de retarder la maturation en automne pour bénéficier de jours moins chauds et plus courts, propices à la conservation de fruits frais et d’un affinage des tannins progressif.

  • Certains porte-greffes peuvent très bien se comporter face à des conditions climatiques extrêmes et changeantes (printemps humide et été caniculaire) mais jugés peu productifs en bois, ils ont été délaissés par les pépiniéristes (333EM).

Les cépages : 

  • On pourrait  imaginer implanter des cépages méditerranéens comme la Syrah, le Grenache sur un terroir français plus large. Il faudrait alors faire évoluer des décrets d’appellation ou sortir des AOP.
  • A travers, une même appellation, l’encépagement était souvent lié à la nature des sols, à l’exposition et donc à la capacité à mener les raisins à maturité le plus grand nombre d’année. On peut maintenant imaginer implanter des cépages à cycle plus long. Par exemple plus de Cabernet Sauvignon ou de Cabernet Franc à Bordeaux en rive gauche comme en rive droite.

 

  • On pourrait même imaginer avoir recours à des cépages secondaires, qui étaient abandonnés ou peu utilisés car difficiles à cultiver. Avec les conditions climatiques actuelles, la réintroduction de ces cépages oubliés peut être envisagé.
  • Le patrimoine végétal : pour les cépages les plus implantés, un travail de sélection clonale a été entrepris dans les années 60, il est toujours en cours. Un axe important de cette sélection était à l’époque d’obtenir d’un maximum de sucre. A travers ce patrimoine découvert et les parcelles de vieilles vignes massales, il existe certainement des individus qui se révéleraient plus adaptés aux conditions climatiques actuelles ou à venir.

 

Il faut avoir conscience que théoriquement, lorsqu’un vigneron arrache puis replante une parcelle, c’est pour un minimum de 20 ans mais logiquement cela devrait être plus de 50 ans.

Vous pouvez imaginer le casse-tête et le poids de la décision du choix du matériel et du mode d’installation car si l’on ressent des tendances climatiques, il semble impossible de se projeter à long terme.

Il est indispensable de conserver, de préserver et de développer de la diversité génétique pour espérer faire face au défi climatique.

*Définition RU : réserve utile en eau d’un sol. C’est la quantité d’eau que le sol peut absorber et restituer à la plante. Elle dépend de la structure/texture et donc la profondeur d’exploitation des racines.

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